JAKE
Cette fille était vraiment une idiote. Elle se
faisait jeter à chaque fois mais, elle revenait. Elle aimait ça ou
quoi ? Mais bon, après tout c’était son corps. Si elle
le bradait ainsi je n’allais pas m’en plaindre. Ça me
permettait de prendre un peu de bon temps.
Comme
si j’en avais besoin.
Je passais ma vie à ça en ce moment.
C’était la belle vie ! Ce qui aurait été encore mieux,
c’aurait été que notre manager nous lâche un peu aussi. On
aurait eu un peu plus de temps libre comme ça. Nous bossions comme
des malades. A croire qu’il avait l’intention de nous
tuer à la tâche ! Mais, après réflexion, je ne suis plus si
sûr que ce soit une bonne chose qu’il nous lâche. Nous ne
travaillerions plus. C’était lui qui nous boostait pour nous
motiver. Si nous avions plus de temps libre, il y aurait beaucoup
moins de chansons, donc moins d’albums, moins d’argent
et moins de filles.
Je raccompagnais Lynn à la porte avec un grand
sourire hypocrite comme je savais si bien les
faire.
—
Bon, ben au revoir.
Lui lançais-je.
—
A plus
Jake ! Répondit-elle
enthousiaste.
—
Ah, au fait, ça serait
bien que tu ne passes plus, nous devons travailler dur pour notre
prochain album, nous avons besoin de travailler donc, on
n’aura pas beaucoup de temps, tu
vois.
—
Ah… émit-elle
vaguement.
Quelle réponse intelligente ! Elle allait
d’ailleurs parfaitement bien avec sa couleur de
cheveux !
—
Tu m’appelleras
quand tu auras fini ce que tu as à faire alors !
S’exclama-t-elle avec un immense sourire
aguicheur.
—
Ouais, c’est
ça.
Elle
s’éloigna toute guillerette, sûre et certaine qu’elle
aurait un nouveau rendez vous avec moi. Qu’elle cruche. La
stupidité à l’état pur ! J’ai juste laissé planer
un doute, pas donné une réponse concrète. En même temps, je ne
pouvais pas lui dire non sinon, elle m’aurait fait une crise,
et je tenais encore à mes tympans !
Je me
retournais pour rentrer quand j’aperçus un foulard de couleur
rose-orangé. Ça ce n’était surement pas à
Keen !
—
Lynn !
Hurlais-je.
—
Oui ? Fit-elle en
se retournant.
—
T’as oublié
ça !
—
Oh mince
alors !
Ouais, c’est ça, fais ton numéro de potiche
blonde qui ne savait pas qu’elle avait oublié quelque
chose.
Elle
vint le récupérer en sautillant et tenta de m’embrasser
encore une fois avant de partir mais, je l’esquivais
adroitement, faisant passer ça pour un faux
mouvement.
—
A l’avenir,
évite de laisser trainer tes affaires dans notre appartement.
J’en ai marre de trouver des trucs de fille
partout.
Elle
n’avait même pas eu le temps de répliquer que j’avais
déjà fermé la porte en soupirant. Quelle plaie !
J’espérais seulement qu’elle ne reviendrait pas de
sitôt. Je n’avais pas que ça à faire de m’occuper
d’une poule décolorée. J’en avais profité
aujourd’hui parce-que je n’avais rien d’autre
sous la main. Mais, je connaissais son corps par cœur et elle
m’ennuyait. En plus elle avait l’intelligence
d’une huitre !
J’allais m’affaler dans le canapé et
allumai la télé. On pourrait peut-être faire une soirée vidéo ce
soir avec Keen, ça pourrait être sympa. D’ailleurs où
était-il le puceau ? Aucune idée. Je fouillais
l’appartement de fond en comble et dû bien me rendre à
l’évidence : il était sorti. Où avait-il pu bien
aller ? Oh, et puis peu importait ! Il était grand quand
même ! Je n’allais pas jouer les baby-sitters toute ma
vie non plus ! J’avais d’autres choses à
faire !
Hum…
comme ?
Je me réinstallais sur le sofa, épuisé. Posant ma
tête sur le dossier je fermai les yeux. Mon pied rencontra un truc
dur sous le canapé. Je me redressai et regardai ce que ça pouvait
bien être. Ah ! Le synthé de Keen. Je me baissai pour le
prendre et décidai d’écouter un peu ce qu’il nous avait
pondu. J’ouvris l’étui et sorti le piano. Enclenchant
la touche pour écouter ce qu’il avait enregistré, je
patientai pour analyser les premières notes qui s’échappaient
de son instrument. Pas mal ! Ça promettait pour la suite. Un
bon riff de guitare après le premier refrain et quelques
arrangements par-ci par-là et ça serait presque
parfait.
Sentant mes paupières se fermer toutes seules, je décidais
qu’il était temps que j’aille me coucher. Je
n’avais jamais été dormir aussi tôt.
*
*
*
Je frottais mes yeux endormis et
m’extirpais difficilement de mes draps. J’ouvris mes
volets et me rendis compte avec étonnement qu’il faisait
encore nuit. Pourquoi étais-je éveillé dans ce cas ? Un bruit
étouffé me parvint du salon. Un autre suivit, plus bref. Ça devait
être ça. Je débarquai dans le salon à moitié habillé et découvrit
Keen qui tentait de ranger ses affaires en silence. Manqué. Ce crétin devait
surement être entrain de rectifier sa compo quand il a eu un
problème de câbles. Parce qu’il se tortillait sur le sol, se
débattant avec plusieurs fils, dont la provenance m’était
totalement égale. Tout ce que je voulais, c’était dormir. Et
cet imbécile congénital faisait encore plus de bruit en ne tentant
de ne pas en faire.
—
Qu’est-ce que tu
fous ?
—
Je refais la
tapisserie, ça se voit pas ?
—
Comment t’as
fait ton compte ?
Il me jeta un regard noir, ouvrit la bouche et
s’apprêtait à me lancer une réplique bien sentie quand je le
coupai en plein élan.
—
Non, en fait, laisse
tomber. J’veux pas le savoir. T’es rentré quand ?
Ajoutais-je l’empêchant d’en placer
une.
—
Y a peut-être une
demi-heure.
—
Qu’est-ce que tu
foutais ?
Il se
retourna une seconde fois pour me regarder, l’air
exaspéré.
—
Fallait bien que je
sorte avant que l’envie de me crever les tympans ne devienne
plus forte que ma raison ! Et puis, tu ne me dis jamais où tu
vas quand tu sors, pourquoi est-ce que je devrais le faire ?
Ne m’impose pas des règles que tu ne respectes
pas.
Euh… quelles règles ? Il finit de se
sortir de son pétrin, je n’avais même pas pensé à
l’aider, ramassa ses affaires et alla s’enfermer dans
sa chambre. Pourquoi est-ce qu’il réagissait comme ça ?
C’était juste une question.
Je me
frottais encore une fois les yeux pour me rendre compte que je
n’avais plus envie de dormir. Merci Keen d’avoir
écourté ma nuit !
Mon
jean sonna, me faisant sursauter. Je passai une main dans mes
cheveux et de l’autre attrapai l’objet du délit qui se
tut une fois dans ma main. Bien sûr, c’aurait été trop beau
que je puisse décrocher pour une fois.
J’enclenchais la touche d’appel de la messagerie et
tombai sur Peter qui me demandait si j’étais prêt.
Euh… Prêt ? Pourquoi ? Je me frappais violement le
front. Mais oui ! Ce soir on avait prévu une soirée avec les
membres du groupe !
J’appuyai sur la touche
« raccrocher » pour me donner une idée de l’heure.
J’ouvris des yeux comme des soucoupes. Il était déjà minuit
et demi et j’étais encore en bas de pyjama. Je courus
jusqu’à ma chambre et cherchai quelque chose de correct à
mettre. J’attrapai un tee-shirt noir tout simple et un jean
de la même couleur avant de trouver une ceinture cloutée qui
trainait dans le coin.
Un klaxon retentit dans la rue. Peter. J’arrivai dans
l’entrée en courant, posai la main sur la poignée puis, me
ravisai. Je ne savais même pas de quoi j’avais l’air.
Je me regardai dans le miroir à côté de la porte, remis des mèches
rebelles en place et me lançai un sourire appréciateur.
J’étais canon, comme toujours. J’ouvris la porte
calmement, l’air décontracté. Je verrouillai
l’appart’, mis mes clés dans une des poches de mon jean
et descendis lentement les marches pour arriver devant la
décapotable de Peter.
—
Le mot vite, tu
connais ?
—
Seulement appliqué aux
autres. Répondis-je en souriant.
Je
grimpai dans la voiture en sautant par-dessus la portière, comme
d’habitude. Je saluai Romain, coincé sur la banquette
arrière. Peter démarra. C’était partit. Encore une soirée qui
durerait jusqu’à l’aube.
La boîte était bondée. Pour changer… Nous nous dirigeâmes
vers le carré VIP sous l’œil bienveillant du gérant.
Des célébrités dans son club, ça allait lui rapporter du pognon,
c’était certain. Et nous, on allait encore se retrouver noyés
sous les groupies hystériques si on ne se magnait pas le cul pour
atteindre ce putain de carré.
Une
nana m’agrippa le bras.
—
Hey, t’serais
pas Jake des Hell’s
Dolls ?
—
Bien
vu.
—
Oh mais, c’est
trop cool ! S’extasia-t-elle.
Elle
continua à crier comme ça une bonne minute, ses hurlements couverts
par la musique. Heureusement pour moi parce que sinon, je serais
déjà assommé, par terre sous une montagne de nanas en folie. Vous
me croyez pas ? Vous avez jamais vu des groupies en action
dans ce cas là ! C’est
violent !
J’entrainai la fille à notre table et elle
se mit à babiller toute la soirée. S’exclamer, rire,
gazouiller, hurler, et fondre en larmes aussi. Je me décidai à la
sortir d’ici quand je fus certain d’être bien trop
défoncé pour me rappeler de ça le
lendemain.
—
Ça te dit
d’aller faire un tour dehors ? Lui murmurais-je à
l’oreille en fixant Peter qui me fit un clin
d’œil.
On
savait tous ce qui allait se passer, et le sourire qui apparut sur
les lèvres de la fille ne fit que confirmer cette hypothèse. Les
nanas adorent coucher avec des stars. Elles ne refusent jamais en
général. De vraies trainées justes bonnes à se faire
sauter.
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