Chapitre III  (Galères & Médiators (en cours)) posté le dimanche 26 octobre 2008 12:32

KEENAN

 

            ― Pourquoi tu veux aller là-bas ? Râla Jake.

            ― Parce-que j’en ai envie.

            ― C’est plus vraiment de ton âge Keen.

            ― Et alors ? Tu sais depuis combien de temps je n’ai pas mis les pieds dans une fête foraine ?

            ― Non, combien ? Demanda-t-il avec un sourire sarcastique.

            ― Eh bien… Dis-je en réfléchissant. Trop longtemps. Tranchais-je.

            ― Tu peux pas y aller tout seul ?

            ― Viens avec moi s’teuplaît, s’teuplaît, s’teuplaît.

Jake me regarda en haussant un sourcil puis sourit.

            ― T’es un vrai gamin ! T’es sûr d’avoir dix-huit ans ?

            ― Allez, s’teuplaît.

            ― Bon…ok. Mais on reste pas longtemps ! On a un emploi du temps chargé si tu ne te rappelles pas !

Je dû sourire un peu trop largement parce-que Jake me lança un regard désespéré. Même si nous étions en « vacances », Jake travaillait toujours autant. Et nous entrainait avec lui d’ailleurs… Faudrait peut-être lui apprendre la signification du mot « vacances » un jour !

            ― Irrécupérable !

            ― Je t’ai entendu !

            ― Et alors ? Dépêche-toi Boucles d’ Or avant que je change d’avis !

Je sortis aussitôt de notre appartement en le tirant par la manche.

Une fois dans la rue, je mis mes lunettes de soleil et lui en tendis une paire. Jake me regarda d’un air interrogateur.

            ― Y a pas vraiment de soleil là.

            ― Je ne tiens pas à déclencher une émeute.

Il prit les lunettes en me regardant avec un air ironique.

            ― Deviendrais-tu raisonnable ?

            ― Ce serait plutôt à moi de te demander ça. Le plus irresponsable des deux ce n’est surement pas moi ! Ce que tu adores, c’est de te faire reconnaître par « inadvertance » et pouvoir te taper la fille qui t’auras reconnu tranquillement.

            ― Je  n’ai pas besoin de mon image pour plaire ! S’exclama-t-il d’un air renfrogné.

Jake mit ses lunettes et commença à avancer. Je le rattrapai et tentai de suivre son rythme.

            ― S’il te plaît Jake, ne provoque pas une émeute aujourd’hui, j’aimerais bien passer une journée tranquille pour une fois.

Il me répondit d’un simple grognement. Eh bien ! La journée allait être passionnante !

            ― Je sais bien que tu n’as pas besoin de ça mais laisse-moi passer une journée normale. Ok ?

Qu’il n’est pas besoin de son image, ça j’en doutais surtout qu’il en usait et abusait. Il était devenu dépendant de cette apparence. Peut-être pensait-il qu’elle lui était indispensable… et que sans elle personne ne ferait attention à lui. Comment savoir ce qu’il avait dans la tête ?

            ― Ouais. Grommela-t-il, toujours vexé.

Nous marchâmes en silence quelques minutes quand, inconsciemment, je me figeai. Je ne pouvais m’empêcher d’être émerveillé par ce que je voyais. Il fallait dire aussi, que je n’avais été m’amuser dans une fête foraine que deux fois et c’était il y avait plus de dix ans !

D’innombrables couleurs, un nombre incalculable de lumières, des attractions à tous les coins de rue. On se serait cru à Disneyland. Tout un pays enfantin s’était installé ici.

            ― Keen ? T’es un vrai môme ma parole !

Je sortis malgré moi de ma contemplation pour lui lancer un regard noir.

            ― Ou là là ! Je tremble de peur ! Ironisa Jake. T’as un vrai regard de tueur !

            ― Crétin !

Il ricana bêtement et je le plantai là, voulant profiter au maximum de ces quelques heures de détente. Je me demandais vraiment pourquoi je lui avais demandé de venir avec moi maintenant.

            Je me baladais au milieu des attractions, me demandant laquelle essayer en premier. Pourquoi pas les autos tamponneuses ? J’avais toujours adoré ça. Et ensuite, je pourrais tester les montagnes russes.

Je me payais un tour dans les autos et m’amusais comme un gosse de dix ans. Après dix minutes, mon auto se stoppa, m’indiquant que mon tour était terminé. Je descendis du manège, toujours euphorique et me dirigeai vers les montagnes russes. Je refis deux fois de ce manège et me décidai de tenter le stand de tir, quand je remarquai une jeune fille à la chevelure de jais abondante, qui se tenait à l’écart et semblait attendre quelque chose. Jeally.

            Je me dirigeai vers elle avec une démarche qui se voulait assurée, malheureusement, je trébuchai juste devant elle, manquant de m’étaler de tout mon long.

            ― Euh… salut.

Super ! J’aurais pas pu trouver pire ! Nan mais quel naze !

            ― Salut…Hésita-t-elle.

Elle me regardait d’un air interrogateur. Je mis presque une minute avant de comprendre qu’elle ne me reconnaissait pas. J’observai les alentours pour m’assurer que personne ne pourrait me voir, puis ôtai mes lunettes.

            ― Encore toi ! S’exclama-t-elle, surprise. Tu me suis ou quoi ? Ajouta-t-elle suspicieuse

            ― Bien sûr que non ! Je suis venu décompresser un peu. J’aime bien les fêtes foraines.

            ― Ouais moi aussi ! S’exclama Jeally enthousiaste.

Je souris légèrement devant sa candeur. Elle était adorable avec cet air enfantin collé sur le visage. Mais aussi tellement étrange, elle passait d’une humeur à l’autre le temps d’un claquement de doigts.

            ― T’es toute seule ?

            ― Non, je suis avec mon frère.

            ― Il n’a pas eu besoin d’alerter les autorités pour te retrouver ?

            ― Nan, mais il a faillit partir coller des avis de recherche. Dit-elle en riant.

            ― Ça fait une heure que je te cherche ! S’exclama Jake en arrivant derrière moi.

Il observa Jeally avec un sourire approbateur.

            ― Salut. Moi c’est Jake.

Elle le regarda méfiante puis se résolu à répondre du bout des lèvres.

            ― Jeally.

            ― Désolé, il faut que je t’enlève Keenan, on doit aller répéter pour notre prochain concert.

Et encore une fois, il se servait de son image…

Jeally tourna vers moi un visage interrogateur.

            ― Tu vas faire un concert ?

            ― Euh… ouais.

            ― C’est sympa. Vous avez réussi à trouver une petite salle locale ou vous vous produirez dans un bar comme celui d’hier ?

            Jake enleva ses lunettes et la considéra, incrédule, il ouvrit la bouche pour parler mais le coup de pied que je lui assenai l’en dissuada.

            ― On a trouvé une salle. Répondis-je avec un sourire crispé.

Elle hocha la tête en souriant.

            ― Bon bah, à un de ces quatre ! Dis-je en la saluant.

            ― Ouais, salut.

Je m’éloignai en tirant Jake par le bras. Heureusement qu’il avait pensé à remettre ses lunettes parce que là nous étions au beau milieu de la foule.

Après quelques minutes de marche nous arrivâmes dans notre appart’ et Jake ne pu contenir son hilarité plus longtemps.

            ― Quoi ? M’énervais-je.

            ― Nan mais j’y crois pas ! Tu lui as rien dit.

            ― Non. Murmurais-je.

            ― C’est excellent ! T’as trouvé la seule fille sur cette planète qui ne sait pas qui nous sommes !

            ― C’est pas drôle !

            ― Ah si ! En plus elle est super mignonne.

Il fit une pause en fixant le mur face à lui.

            ― Mais c’est génial ! S’exclama-t-il soudain, comme s’il avait une idée absolument incroyable, me faisant sursauter par la même occasion. C’est la fille qu’il me faut ! Je pourrais te prouver que je peux plaire sans avoir recours à mon image, elle ne me connaît pas donc si elle sort avec moi ce sera pour moi et non pour passer à la télé ou voir son nom en couverture des magasines people !

Je le regardai incrédule.        

            ― J’espère que tu ne voulais pas te la faire, petit frère, parce qu’elle va finir avec moi !

 

 

 

 

 

 

 

 

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Chapitre IV  (Galères & Médiators (en cours)) posté le mardi 11 novembre 2008 10:30


  Guns N'Roses - Knocking on heaven's door

 

 

JAKE

 

J’avais du mal à me concentrer et les autres s’en rendaient compte. Malheureusement, depuis que j’avais rencontré cette fille, un nombre incalculable de stratégies se créaient d’elles-mêmes dans mon crâne. La grande question du jour : Comment la mettre dans mon lit ?

Non que j’ai des doutes quant à la réalisation de ce projet. C’était surement la seule fille à ne pas savoir qui nous étions et si je la séduisais, je pourrais prouver à tout le monde, et surtout à mon crétin de frère, que je pouvais plaire sans mon image.

            Et puis franchement, pour ne pas nous connaître il fallait vivre dans une grotte ! Cette fille ne devait pas lire les journaux et encore moins regarder la télé ! Quelle musique pouvait-elle bien écouter pour n’avoir encore jamais entendu parler de nous ?

La tâche ne serait pas bien difficile. J’étais irrésistible ! La seule chose que je ne comprenais pas, c’était pourquoi à la fête foraine elle n’avait eu d’yeux que pour Keenan alors que tout le monde savait que c’était moi le plus beau.

            Je souris en pensant que Keenan ne serait bientôt plus qu’un lointain souvenir dans son esprit.

― Bon Jake ! Concentre-toi un peu sur ton solo ! Ça fait cinq fois que tu le foires !

― Ouais, ouais.

            ― Tout le monde est crevé alors fait un effort.

Putain mais qu’est-ce qu’elle me saoule celle-là ! C’est pas parce-que j’ai loupé trois accords qu’elle peut m’emmerder !

Respire Jake ! Ça servirait à rien de lui mettre ton poing dans la gueule et puis c’est une gonzesse !

            J’adressai un sourire forcé à notre amie la chieuse, j’ai nommée Carla notre bassiste et enchaînai sur la suite de la chanson.

            Couplet. Pont. Refrain. Solo. Impec’. Prends ça dans les dents !

            ― Bah voilà quand tu veux.

Je lui lançai un sourire tellement hypocrite qu’il aurait fallu être aveugle pour ne pas voir que je me foutais ouvertement de sa gueule ! Je posai ma guitare sur mon stand et coinçai mon médiator dans les cordes.

            ― C’est bon pour aujourd’hui les mecs. Dis-je.

            ― Les mecs ?! Pesta la bassiste.

Je me tournai vers elle et lui lançai un sourire sarcastique.

            ― Les mecs et Carla. Raillais-je.

Elle m’adressa un regard noir et j’éclatai de rire.

            ― Tu voudrais pas qu’on se rebaptise les Hell’s Dolls et Carla quand même ? Ironisais-je.

            ― Ce que tu peux être énervant aujourd’hui Jake !

            ― C’est pour ça que tu m’aimes ! Lançais-je, un sourire ironique aux lèvres.

            ― C’est bien ça ton problème. Tu crois que tout le monde t’aime !

            ― Parce-que c’est le cas.

Carla poussa un soupir exaspéré avant de sortir de la pièce, suivie du reste du groupe.

            ― Ce que tu peux être con parfois Jake !

            ― Tu vas pas t’y mettre aussi Keen. Tu sais bien que je suis toujours comme ça.

            ― Comme quoi ? Egoïste, con et superficiel ? Ouais effectivement ! T’es toujours comme ça !

            ― Et toi ? Gamin, ultra-timide et qu’arrive pas à aligner deux mots devant une fille qui te plaît ?

Keenan secoua la tête et sortit à son tour. Je soupirai. Qu’est-ce qu’ils avaient tous aujourd’hui ?

Je rangeai un peu mon matos avant de rentrer à notre appart’.

            Apparemment Keen n’était pas encore là, l’appartement était tellement silencieux qu’on entendait les mouches voler. Je m’affalai sur le canapé en me demandant ce que je pourrais bien faire. Ma main se balança dans le vide et effleura l’étui de ma guitare.

Mais bien sûr ! Il fallait que je commence à composer des chansons pour notre nouvel album ! Je saisis machinalement ma guitare et me mis à gratouiller pensivement. J’eus beau rester là des heures, tout ce que je produisais avait déjà été crée.

Des reprises, toujours des reprises.

Je soupirai bruyamment et regardai ma montre. Déjà 19h et Keenan n’était toujours pas rentré.

            J’étais en train de jouer Knocking on heaven's door des Guns quand j’en eus vraiment marre. Il fallait que je sorte ! Je rangeai ma guitare dans sa housse, attrapai mon paquet de clopes et sortit en fermant la porte. Direction : la plage. A cette heure, le soleil n’était pas encore couché. J’avais encore au moins deux heures devant moi avant qu’il ne fasse noir.

            J’avançai sur le sable et découvrit une jeune fille assise sur la plage, les jambes remontées au niveau de la poitrine, entourées de ses bras et son menton posé sur ses genoux. Je m’installai à côté d’elle.

            ― Salut Jeally.

            ― Salut. Me répondit une voix masculine d’un ton amusé.

Je me retournai. La ressemblance était flagrante sauf que… ce n’était pas Jeally.

            ― Mais il y a erreur sur la personne.

            ― Effectivement. Je t’ai pris pour Jeally.

            ― Ça arrive tout le temps.

            ― Vous vous ressemblez tellement en même temps.

            ― C’est normal. C’est ma jumelle.

Je sortis une clope et l’allumai en regardant l’eau s’écraser à nos pieds.

            ― C’était pas difficile à deviner.

Il sourit légèrement et me tendit sa main.

            ― Illian.

Je la lui serrai.

            ― Jake.

            ― Alors, qu’est-ce que tu fais ici Jake ?

― J’avais besoin de sortir. Et toi ?

            ― Idem.      

            ― Qu’est-ce que tu fuis ?

            ― Le désespoir et l’hystérie.

            ― Quel mélange !

            ― Et toi ? Que fuis-tu ?

            ― Le manque d’inspiration.

            ― L’angoisse de la page blanche. Je connais. Enfin, par procuration. Jeally devient folle quand elle n’arrive pas à composer.

            ― Elle fait de la musique ?

            ― Du piano. Depuis dix ans.

            ― Eh ben ! Ça fait un sacré bout de temps.

            ― Ouais, elle adore ça.

            ― Tu joues aussi ?

            ― Un peu.

            ― De quoi ?

            ― Piano, batterie.

            ― Vous aimez la musique dans votre famille.

            ― Ouais c’est sûr.

            ― Je fais juste de la guitare. J’ai pas vraiment le temps pour autre chose en même temps.

Silence. Je tirai une taffe en observant le soleil, il était déjà à moitié dans l’océan.

            ― Et sinon, à part la musique, tu fais autre chose ? Demandais-je.

Il me regarda avec un sourire énigmatique avant de détourner son regard et d’admirer l’océan. Je l’imitai et un léger silence nous engloba. C’était pas un silence gêné, mais plutôt méditatif. Pour la première fois, j’avais pas l’impression d’être chiant et pas cool en me taisant. Ce mec avait une personnalité étonnante et il arrivait à faire en sorte que je ne me sente pas obligé de parler pour combler le silence.

            ― Qu’est-ce qui t’a poussé vers la musique ? Demanda-t-il.

Je tirai une dernière taffe de ma clope avant d’écraser le mégot et de le ranger dans mon paquet.

            ― J’étais jeune, j’aimais le rock et les filles, remarque, j’aime toujours ça. Riais-je., Alors je me suis dit : « Pourquoi ne pas monter un groupe ? Comme ça tu seras célèbre, tu feras un métier qui te plaît et t’auras toutes les filles que tu veux. »

            ― Et ça t’a réussi ?

            ― Pas vraiment.

            ― C’était trop prétentieux de croire que tu deviendrais célèbre ?

            ― Même pas. Ricanais-je.

J’allais ajouter que désormais nous étions quand même un des groupes les plus adulés des Etats-Unis mais préférai me taire. C’était le frère de Jeally après tout. Mieux valait qu’elle ne sache rien avant d’avoir succombé à mon charme légendaire.

Il garda le silence, ce qui m’arrangeait, et j’allumai une seconde clope.

            ― J’espère que tu as conscience de t’intoxiquer avec ça.

            ― Pour l’ignorer faudrait être aveugle. C’est marqué en gros sur le paquet.

            ― Effectivement, mais vu à l’allure à laquelle tu t’en enfiles, on pourrait se poser des questions. Enfin, après tout c’est ta santé.

            ― Exact. Répondis-je en me levant.

J’étirai mes membres engourdis tandis qu’Illian restait à moitié allongé sur le sable, appuyé sur ses coudes, il observait encore l’horizon que le soleil avait dépouillé de ses couleurs. Il se leva lentement et avec grâce.

            ― Il va être tard, je vais rentrer. Dit-il.

            ― Ouais, moi aussi.

Illian se dirigea vers la rue et je le suivis.

            ― Bon bah à un de ces quatre mec. Lui dis-je en le saluant de la main.

            ― À la prochaine. Répondit-il en s’éloignant.

 

 

 

 

 

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Chapitre V  (Galères & Médiators (en cours)) posté le mardi 18 novembre 2008 21:41

 

JEALLY

 

Je me réveillai lentement, m’habituant à la lumière du jour. Je me levai et allai prendre ma douche pour ensuite m’habiller. Tout en noir. Ce jour était particulier. En descendant les escaliers, je croisai le regard compréhensif d’Illian. Lui aussi s’était vêtu de noir. Nous nous comprenions.

La maison était silencieuse. C’était très rare et d’autant plus agréable. J’avais envie de voir cette sérénité nouvelle comme un hommage à sa pensée. Ce jour était à lui et ils l’avaient compris. Un sourire triste étira mes lèvres. Ils avaient respecté ce jour comme je le voulais, je n’en avais pourtant pas parlé.

Je m’installai à table et mangeais en silence. Illian me regardait, à la fois compréhensif et anxieux.

Attendez, pourquoi anxieux ? De quoi avait-il peur ? Ce n’était pas comme si j’allais lui sauter dessus comme une hystérique !

            J’allai ranger mon bol dans le lave-vaisselle, puis, attrapai une veste, noire elle aussi, au moment où ma mère entra.

Nous allions pouvoir y aller. Je me dirigeai vers la porte, attrapant au passage les fleurs que j’avais achetées la veille exprès. Illian me rejoignit et nous observâmes maman.

            ― Je ne vous accompagne pas.

            ― QUOI ?!

Je n’avais pas pu m’empêcher d’hurler. Comment pouvait-elle lui être si indifférente ? Ne pas aller le voir le jour de sa mort ? J’avais l’impression d’avoir reçu un pieu en plein cœur. Comment pouvait-elle le trahir ainsi ? Ça ne lui suffisait pas d’être totalement insensible quand on parlait de papa il fallait en plus qu’elle refuse d’aller le voir ?

            ― J’irais plus tard.

Alors c’était nous le problème ? Elle ne voulait pas aller au cimetière avec ses enfants ? Qu’avait-elle contre nous ?

            ― Pourquoi ? Demandais-je, glaciale. POURQUOI ? Hurlais-je, ne pouvant contenir ma rage plus longtemps.

            ― Jeally ! Calmes toi ! Intervînt Illian.

            ― NON ! Elle se fiche complètement de lui ! Elle ne veut même pas venir le voir ! Elle ne veut même pas nous accompagner !

            Prise dans ma colère, je m’étais avancée vers elle, prête à lui sauter dessus, sans m’en rendre compte. Ce ne fut que quand Illian m’attrapa par la taille pour me jeter dehors que je m’en aperçus. Il me poussa dans le jardin après avoir fermé la porte derrière lui.

            ― Ça suffit maintenant Jeal’ !

            ― Non ! Elle s’en fiche ! C’est le premier anniversaire de sa mort et elle ne veut même pas nous accompagner pour le voir !

Illian me tira par le bras et m’emmena  plus loin, dans une rue perpendiculaire. Pourquoi ? Je ne le compris qu’après qu’il eut dit ce qu’il avait à dire : pour qu’elle ne nous entende pas.

            ― Tu ne penses qu’à toi hein ? Tu n’as pas pensé une seule seconde que si elle ne voulait pas y aller c’était pour ne pas craquer devant nous ?

            ― Craquer ? Mais elle s’en fiche ! Depuis qu’il est mort elle n’en a plus rien eu à faire de lui !

            ― Je t’ai déjà dit qu’elle ne voulait pas qu’on la voit pleurer ! Elle s’efforce de rester forte pour nous, malgré tes accusations sans fondements ! Si tu étais plus attentive, tu verrais que ça lui arrive d’être prête à craquer, surtout avec tes remarques. Mais tu es bien trop absorbée par toi-même !

            ― Je ne suis pas égoïste !

            ― Je ne l’ai jamais dit, c’est toi qui en parles, mais si c’est tout de suite ce qui te vient à l’esprit, tu devrais peut-être le prendre en considération. Tu vis dans ton monde ! Alors fais un effort avec elle, s’il te plaît.

            ― Je ne vois pas pourquoi.

            ― Fais le pour lui. Tu crois qu’il apprécierait vous voir vous déchirer ?

Je baissai la tête malgré moi. Illian avait raison, il n’aurait pas aimé, c’est sûr !

            ― Alors essaie de faire un effort, ok ?

Je fixai toujours le sol, incapable d’émettre le moindre son. Y arriverais-je ? Arriverais-je à ne plus m’énerver en sa présence ?

N’entendant toujours pas la réponse qu’il désirait, Illian me prit le menton et me força à le regarder.

            ― Ok ?

            ― Ok. Murmurais-je faiblement.

            ― Bon, allons-y. Dit-il en me prenant par la taille.

Nous marchâmes en silence. Je ne savais pas vraiment quoi dire, mais, il n’était pas nécessaire de parler. Je repensai à ses paroles. Etais-je vraiment aussi enfermée dans mon monde qu’il le prétendait ? J’étais un peu distraite, c’est vrai, mais à ce point là… C’était un peu exagéré non ?

Illian s’arrêta me sortant brusquement de mes réflexions. Je relevai la tête et m’aperçus, consternée, que nous étions arrivés. Peut-être n’avait-il pas si tort finalement. Je vivais dans mon monde sans vraiment voir ce qui m’entourait. Est-ce que la vérité m’échappait à ce point ?

            Illian me pressa légèrement le bras pour me ramener une nouvelle fois sur Terre, et je remarquai que je tenais le bouquet de fleurs serré contre moi. Je desserrai mon étreinte et déposai le bouquet sur sa tombe. Des roses blanches, c’était ses préférées. Symbole de perfection et de pureté.

Nous restâmes là, tous deux, contemplant cette pierre dure et froide en silence. Mon regard dériva vers l’horizon. Le cimetière était placé au sommet de la falaise et surplombait l’océan. Il aurait adoré. Il adorait la mer et, désormais, il vivrait près d’elle pour toujours.

            ― Tu cois qu’il nous voit ?

Je n’avais pu m’empêcher de poser cette question qui s’harmonisait si bien avec mes pensées alors que, je connaissais déjà sa réponse.

            ― Je ne sais pas. Me répondit-il. Peut-être.

            ― Je pense qu’il serait heureux d’être là.

            ― Oui, j’en suis sûr.

Le silence reprit ses droits. Je me blottis contre Illian qui me prit dans ses bras. Nous restâmes ainsi, silencieux, un long moment. Cet endroit était paisible, et le cadre magnifique. J’avais l’impression que ce lieu était imprégné d’un sentiment de plénitude. Je ne ressentais pas l’immense tristesse qui me rongeait depuis sa mort, elle n’avait pas disparue, non, mais son intensité avait diminué, je n’avais pas envie de pleurer en pensant à lui à cet instant. Je me sentais bien mais… presque vide.

            ― On devrait peut-être y aller. Suggéra Illian.

            ― Oui.

Je me redressai, sans m’en apercevoir, je m’étais totalement appuyée sur lui, et nous sortîmes du cimetière pour rentrer à la maison, toujours en silence.

            ― Salut les mecs ! Lança une voix joyeuse.

Je relevai la tête et croisai le regard bleu foncé de Jake. Quel contraste avec celui de son frère quand même. Ses yeux étaient si clairs, qu’ils en paraissaient presque transparents, alors que ceux de Jake étaient si foncés qu’on aurait pu les croire noirs.

            ― Qu’est-ce qui vous arrive ? Vous tirez de ces têtes d’enterrement tous les deux !

Je lui lançai un regard noir. Comment osait-il venir troubler ce jour sacré, à mes yeux, avec ses réflexions stupides ? Le pire fut qu’il ne comprit pas le message, pourtant bien clair : « Ferme là ! » et continua sur sa lancée.

            ― Vous êtes en deuil ou quoi ? Le noir c’est bien mais là… c’est un peu trop quand même. Plaisanta-t-il.

Non mais quel abruti ! Avec seulement deux phrases, il venait de ruiner ma paix intérieure pour la remplacer par une colère noire. Ce mec était soit d’une méchanceté incroyable soit d’une débilité impensable !

            ― Espèce de crétin ! Lâchais-je, dédaigneusement avant de m’éloigner  rapidement de cet abruti fini.

Dans mon état d’énervement, je ne m’aperçus qu’Illian ne me suivait pas seulement en arrivant à la maison. J’ouvris la porte d’entré d’un mouvement rageur et la claquai d’un coup sec et bruyant, la faisant trembler sur ses gonds. J’avais besoin de déverser ma colère et n’importe quoi aurait fait l’affaire.

            Je montai à l’étage sans croiser ma mère. Où était-elle ? Je fis un tour dans la maison avant d’aller m’enfermer dans ma chambre : elle n’était nulle part. Dommage. J’aurais bien eu besoin de me défouler, même pour des raisons que je savais stupides. Elle était la personne la plus désignée pour subir mes accès de colère. C’était bête à dire mais lui hurler dessus m’aidait à libérer ma peine.

Je ne voulais pas m’attaquer à Illian, c’aurait été injuste, il n’avait rien fait.

 Mais n’était-ce pas aussi injuste de m’en prendre à elle ? Que m’avait-elle fait au juste ?

            Je secouai vivement la tête, rejetant cette constatation en bloc.

Je voulais qu’elle reste, dans mon esprit, l’objet de mes foudres, pas qu’elle devienne une victime innocente. Elle était insensible à la mort de papa ! Elle s’en fichait éperdument !

            Je me jetai sur mon lit et plongeai ma tête dans les oreillers pour pouvoir hurler de toutes mes forces, sans interpeller les voisins.

            Quelque part, je savais bien qu’Illian avait raison, et que mes arguments n’étaient que des illusions pour avoir une raison de déverser continuellement ma colère sur elle, mais, je savais aussi que je ne voulais pas me l’avouer. J’allais encore continuer à faire l’autruche, comme d’habitude.

            A force de m’énerver, je sentis la fatigue gagner du terrain malgré moi. Je fermai les yeux et fini par m’endormir.

 

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Chapitre VI  (Galères & Médiators (en cours)) posté le dimanche 23 novembre 2008 17:36


Carter Burwell - Bella's Lullaby  ( BO Twilight )

 

 

ILLIAN

 

Je la regardai s’enfuir en courant sans esquisser le moindre geste. Je n’avais envie de dire qu’une seule chose : Nan mais quel boulet !

Il avait vraiment mis les pieds dans le plat, et pas qu’un peu ! Il me regarda, un air d’incompréhension collé sur le visage.

            ― Qu’est-ce qu’elle a ?

            ― On revient du cimetière.

            ― Du cimetière ? Pourquoi ?

            ― Ça va faire un an que notre père est mort.

            ― Oh la boulette !

            ― Ça tu peux le dire ! Pour une fois qu’elle était calme et paisible, en une phrase tu as tout démoli ! Tu viens de réduire mes efforts à néant.

            ― Je… j’suis désolé. Je savais pas.

            ― Tu pouvais pas savoir. Et puis, si ça n’avait pas été toi, c’aurait été quelqu’un d’autre.

Il resta silencieux. Qu’aurait-il pu ajouter de toute façon ?

Je ne savais même pas si ma mère était à la maison mais, dans le doute, mieux valait que je rentre avant que Jeally ne s’en prenne à elle.

            ― La prochaine fois, fais plus attention à ce que tu dis. Parce-que c’est surement pas en la faisant sortir de ses gonds que tu arriveras à la séduire. Dis-je en riant.

Il afficha une mine incrédule.

            ― Mais… je…

            ― Tu crois vraiment que je ne m’en serais pas aperçu ? Demandais-je en haussant un sourcil.

Il ne dit rien mais sourit.

            ― Je ferais mieux de rentrer, histoire de surveiller Jeally. Tu veux venir ? Ajoutais-je après une légère pause.

            ― Euh… ouais, ok. Répondit-il après avoir hésité.

J’hochai la tête et commençai à marcher pour rentrer, il fit de même et se mit à ma hauteur.

            ― Alors, tu ne fais rien aujourd’hui ?

            ― Non, pas vraiment. Pourquoi tu parlais de « surveiller » Jeally ? Elle est assez grande pour rester toute seule non ?

            ― Pas quand elle est en colère. Elle a tendance à faire tout ce qui lui passe par la tête, alors il faut que je sois là pour « modérer ».

            ― Elle est vachement impulsive quand même.

            ― Ouais, c’est pas forcément un défaut mais y a des moments où c’est difficile à gérer.

            J’ouvris la porte, sur mes gardes, et nous pénétrâmes dans la maison. Alors que je m’attendais à entendre des cris, tout était calme. On aurait pu croire qu’il n’y avait personne. Où était Jeally ? Elle n’avait pas encore démoli la maison, c’était plutôt bon signe. Mais qu’il n’y ait plus aucun bruit, c’était assez étrange.

            J’avançai dans le salon, suivi par Jake. Je cherchais un quelconque indice de ravage, mais tout était en ordre. A croire que personne n’était venu ici depuis ce matin.

            ― Installe toi où tu veux. Je reviens, je vais voir où est Jeally.

            ― Ok.

            Je montai l’escalier, anxieux. Quelle bêtise avait-elle pu inventer pour que règne un tel silence de mort ? Tout l’étage était calme !

Je poussai la porte de sa chambre, m’attendant à la trouver dans le même état qu’après le passage d’un cyclone mais, fus stupéfait de la voir dans le même état que la veille. Je promenai mon regard dans la pièce et découvris Jeally endormie sur son lit. Je poussai un soupir de soulagement malgré moi avant de refermer la porte et de redescendre au salon.

            Jake était assis dans le canapé, le regard dans le vague. Je me plaçai derrière lui sans faire de bruit et lui demandai :

            ― Tu veux boire quelque chose ?

Comme je l’avais prévu, il sursauta si violemment qu’il failli tomber du divan, ce qui déclencha mon fou rire.

            ― Tu m’as fait peur ! Grommela-t-il.

            ― J’ai vu ça. Ricanais-je.

Il se leva en me regardant, un léger sourire aux lèvres. Sans que j’eus le temps de réagir, il m’avait attrapé et jeté sur le canapé.

            ― Tu vas le regretter.

Jake se mit à me chatouiller et je me tortillais dans tous les sens en riant. J’étais très sensible aux chatouilles, et même trop ! Je roulai et tombai du sofa en l’entraînant dans ma chute. Il s’effondra lourdement sur moi, me coupant le souffle.

Il se releva rapidement comme si je l’avais brûlé.

            ― J’t’ai fais mal ? Me demanda-t-il en me tendant la main pour m’aider à me relever.

            ― Non, c’est bon. Mais t’es lourd quand même ! Répondis-je, en souriant.

            ― Ça c’est juste parce que t’es ultra maigre ! Lança-t-il en riant.

            ― Bon, tu veux boire quelque chose finalement ?

            ― Euh ouais, pourquoi pas.

            ― Je dois avoir du coca, ça te va ?

            ― Ouais.

Je servis donc deux verres et les posai sur la table de la cuisine avant de m’asseoir face à lui.

            ― Ça te gène pas ça ? Demandai-je en désignant son piercing au labret.

            ― Non, pas du tout. Répondit-il en souriant.

J’observai encore un moment son piercing. J’aurais du mal à vivre avec un truc pareil au coin de la lèvre ! Ça devait quand même gêner pour pas mal de choses, non ?

Il avait, apparemment, une certaine passion pour les piercings car j’en remarquai plusieurs autres, sur les oreilles et un sur l’arcade.

Mon regard revînt se poser de lui-même sur son labret. Je remarquai du coin de l’œil ses mains trembler légèrement et ses doigts taper discrètement sur la table. C’était moi qui le rendais nerveux ? Enfin, mon regard plutôt.

Je souris, amusé.

            ― Je pourrais jamais me faire trouer la lèvre comme ça. Dis-je en détournant le regard de sa lèvre pour le poser dans ses yeux.

            Je crus entendre quelques notes s’échapper du piano. J’écoutai plus attentivement et, cette fois, perçus plus facilement le début d’une chanson. Je me levai et ouvris discrètement la porte menant au salon. Jeally était apparemment réveillée. Elle jouait sur le grand piano du salon, les yeux fermés, emportées par sa musique.

            Je sentis soudain un souffle chaud dans mon cou, ce qui me fit tressaillir.

            ― Elle joue vraiment bien !

            ― Je te l’avais dit ! Répondis-je en souriant.

Je l’observai une seconde, il regardait Jeally, comme envoûté, un ébahissement émerveillé accroché au visage.

            La musique s’arrêta brusquement. Je me retournai pour voir ce qui se passait. Jeally nous dévisageait, ou plutôt, elle fixait Jake d’un regard noir.

            ― Qu’est-ce que tu fais là toi ? Cracha-t-elle.

            ― Je discutais avec ton frère.

            ― Ça suffit Jeal’, c’est moi qui l’ai invité.

            ― Pourquoi ?

            ― Est-ce que j’ai besoin d’une raison pour inviter quelqu’un à la maison ?

            ― De toute façon, j’allais y aller. Pas la peine de vous entretuer ! Intervînt Jake.

            ― Ouais c’est une bonne idée ça ! Lança Jeally. Et évite de revenir aussi !

Jake ne releva pas et sortit rapidement de la maison.

            ― Alors tu pactises avec l’ennemi maintenant ? Attaqua-t-elle.

            ― L’ennemi ? L’ennemi ? Répétai-je incrédule. Où as-tu vu un ennemi ?

            ― Ce mec ! T’as entendu ce qu’il m’a dit et tu l’invites à la maison.

            ― Ecoute Jeal’, j’en ai marre de tes crises de gamine pourrie gâtée ! Il n’est pas méchant, juste maladroit.

            Elle me lança un regard noir, tourna les talons et se remit derrière le piano.

            Qu’est-ce qu’elle pouvait être têtue ! C’était épuisant !

 

 

 

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Chapitre VII  (Galères & Médiators (en cours)) posté le lundi 22 décembre 2008 13:38



 

KEENAN

 

 

            La porte s’ouvrit sur Jake. Enfin ! Il était partit depuis ce matin sans rien me dire.

            ― Ben c’est pas trop tôt ! T’aurais au moins pu laisser, je sais pas moi, un mot pour dire que tu sortais.

            ― J’ai pas besoin d’une baby-sitter !

            ― Nan, mais au moins prévenir ! Ça coute rien ! Quand je suis venu te réveiller pour le petit déjeuner, t’étais déjà parti !

            ― Pourquoi t’es venu me réveiller ? T’sais très bien que j’aime pas ça.

            ― Peut-être parce que j’avais fait des crêpes. Répondis-je innocemment.

            ― Des crêpes ? Il en reste ? Demanda-t-il d’un air gourmand.

            ― Malheureusement, non.

            ― Tu m’en as même pas laissé ?

            ― Fallait être là.

            ― Ingrat…

            ― Ingrat ?

            ― Ouais, tu m’as trainé de force dans ta fête foraine et j’ai même pas droit à des crêpes !

            ― Arrêtes de faire ton gamin. Il en reste dans la cuisine.

Un immense sourire vînt éclairer son visage. Je le regardais amusé. Et après c’était moi le gamin ?

― Au fait, tu nous as composé de nouvelles chansons ?

― Pas eu le temps. Et toi ?

― J’ai le début d’une mais bon, c’est pas encore ça quoi. Faut encore que je bosse dessus.

― On verra quand t’auras finit.

― Bah ouais, comme d’hab’.

Jake hocha la tête avant de sortir de la pièce.

 

Ça a toujours été comme ça entre nous. On compose chacun de notre côté, on se fait écouter mutuellement, on échange nos points de vue et on fait les arrangements ensemble avant de soumettre nos chansons au groupe. Même si ça n’en avait pas l’air, il nous arrivait d’avoir nos moments de complicité, c’est justement parce qu’ils étaient rares qu’ils m’étaient si précieux.

            J’observai le mur face à moi, l’esprit complètement ailleurs. Je ne savais même plus à quoi je pensais, les images défilaient dans ma tête dans un ordre purement aléatoire, sans rapport les unes avec les autres.

            La sonnette retentit vaguement au loin, me sortant de ma contemplation sans intérêt et de mes rêveries sans queue ni tête. Je me relevai, me dirigeai vers la porte, l’ouvris et me retrouvai face à Lynn.

            Qu’est-ce qu’elle faisait encore là ? Je lui souris hypocritement et la laissai entrer.

            ― Jake est là ?

Question stupide. Pour ne pas l’entendre il faudrait être sourd. Les notes qu’il égrenait sur sa guitare nous parvenaient aussi distinctement que si nous étions dans la même pièce que lui. Il avait encore mit son ampli à fond, pour changer…

― Dans sa chambre.

Lynn se dirigea, sans plus de cérémonie, vers la chambre de Jake. Encore une cruche qui n’avait pas compris qu’elle s’était fait avoir. Sauf que celle là était coriace ! Elle était déjà venue sept fois en deux semaines… A croire qu’elle était maso…

Je me réinstallai sur le canapé, attrapai mon synthé, branchai mon casque et commençai à jouer ma mélodie. Il fallait que je trouve le morceau qui lui manquait.

J’enchainais les accords. La musique prenait forme sous mes doigts, mais, il y avait toujours un truc qui n’allait pas. Toujours un accord qui ne passait pas. Après la résolution de ces quelques détails mineurs, je m’attaquai au pont qui suivait le second refrain.

Un nombre incalculable de dissonances : Rectifié.

Heureusement que j’étais plutôt patient parce que j’en connais un qui aurait déjà détruit bon nombre de cordes, d’énervement.

Je jetai un coup d’œil à ma montre : 18h. On pouvait dire que j’y avais passé du temps sur ce morceau ! Malgré ça, il n’était toujours pas comme je l’attendais mais, ça suffisait pour le moment. J’étais épuisé, je verrais les arrangements plus tard. J’ôtai mon casque, reposai mon synthé sur la table et me levai.

Un lourd silence régnait dans la maison. Etrange. Lynn était peut-être partie. Pourtant, je ne l’avais pas vu passer et Jake n’avait pas reprit sa guitare. Mais, concentré sur mon travail, je ne m’en étais peut-être pas aperçu.

J’avisai un foulard posé sur le dossier d’une chaise et m’en approchais, étonné. Un foulard chez nous ? En comprenant qu’il appartenait à la potiche blonde qui passait la moitié de sa vie ici, je soupirai d’agacement en levant les yeux au ciel. C’était une de ses mauvaises habitudes de laisser trainer ses affaires un peu partout dans l’appart’. Quelle plaie ! Et impossible de se tromper sur l’identité du propriétaire des objets « oubliés », son nom était écrit en toutes lettres dessus et ils étaient imprégnés de l’odeur de son parfum capiteux qui me donnait la nausée. Voilà d’ailleurs, comment je connaissais son nom, et en plus, ça lui donnait un prétexte pour revenir.

Je relevai la tête. J’avais entendu du bruit. Je tendis l’oreille. Rien. Puis, de nouveau quelque chose. On aurait dit des… gémissements. Oh non ! C’était repartit ! A chaque fois ça se finissait de la même façon. Jake le faisait exprès ou quoi ? Cette idiote lui tournait autour pour qu’il lui présente quelqu’un qui pourrait la mettre sur le devant de la scène française, il la sautait, la jetait mais, elle revenait toujours. Au final, elle ne rencontrait jamais personne. Il fallait dire aussi que ses chansons étaient tout ce qu’il y a de plus ridicule, niaises à souhait. Et puis, sa voix était une véritable torture. La laisser chanter était un crime contre l’humanité. Il était temps pour moi de m’éclipser. Je laissai un mot aimanté au frigo et sortis.

Prendre l’air me ferait le plus grand bien. Je me dirigeai sans hésitation vers la falaise, un de mes endroits préférés.

De là haut, on surplombait l’océan. C’était magnifique. La roche abrupte descendait dans l’eau, couverte d’une végétation fleurissante. Quelques voiliers voguaient au loin. Le vent chargé d’embrun m’effleurait le visage. Cet endroit était un vrai coin de paradis. Loin de l’agitation de la ville, loin des salles de concert blindées, loin des groupies hystériques, loin de la démence de New York. Le calme, la nature, la magnificence du paysage, le bonheur. On ne pouvait le nier, la Bretagne était sublime, son aspect celte m’avais toujours fait rêver.

Je respirai un grand coup avant de poser mon regard sur la plage. J’avais bien envie d’aller m’y asseoir un moment. Je descendis prudemment de la falaise pour atterrir sur le sable blanc et chaud.

Une silhouette sombre et esseulée attira mon attention. Je me dirigeai vers elle et m’assis à ses côtés.

― Salut ! Qu’est-ce que tu fais toute seule ici ?

Jeally fit un vague mouvement dans ma direction.

― Salut. Me répondit-elle avant de détourner la tête.

Mais, j’avais bien remarqué cette larme brillante s’échappant de son œil.

― Qu’est-ce qui t’arrives ?

― Rien. Tout va bien. Sourit-elle.

Elle était habillée tout en noir. Etrange. La dernière fois que je l’avais vu c’était plutôt une explosion de couleur. Pensées noires ? Coup de blues ?

Je m’allongeai à moitié, les coudes me soulevant légèrement et restai à côté d’elle en silence. Si elle avait envie de parler elle savait que j’étais là pour l’écouter comme ça.

Le silence se prolongea brisé seulement par le ressac de la mer s’échouant sur la plage par intermittence.

Je commençai à me demander si elle ne m’avait pas oublié, perdue dans ses pensées, quand, à me plus grande surprise, elle m’adressa la parole.

 

Now that the lines been broken

I'm too afraid to just look back

The pages have left an empty space

You were all I had

Why does it have to be this way?

 

― C’était son endroit préféré. Il adorait partir sur l’océan et ne revenir que des heures plus tard. Il adorait naviguer. Très souvent il partait, comme ça au loin, pour être au calme, dans son élément. Mais, un jour, il… il n’est pas rentré…

Jeally s’arrêta un instant, regardant l’horizon et faisant couler du sable entre ses doigts.

J’attendis patiemment qu’elle poursuive. Si elle avait commencé à parler, c’est que ça lui faisait du bien, il ne fallait pas la brusquer. Ça avait l’air d’être difficile pour elle. En même temps la mort de quelqu’un n’est jamais facile. Une larme s’échappa de ses cils et dégringola le long de sa joue.

― On a retrouvé son corps deux jours plus tard au milieu des débris du bateau.

Ses sanglots redoublèrent. Ses larmes inondaient ses joues. Elle ne pouvait plus aligner deux mots tant sa gorge était obstruée par les pleurs.

 

And if I fall through these days that go by without cause

Just a painful mistake has left me here on my own

And if I fall through these nights I can't seem to go on

Just a sign that you're with me gives me the strength to hold on

 

Je me rapprochai d’elle et la prit dans mes bras pour tenter de la consoler. Je n’osais pas lui poser de questions de peur de faire croître son chagrin. Je ne savais pas vraiment comment faire.

Quelqu’un était mort, mais qui ?

Jeally s’agrippa à moi et enfoui son visage contre mon cou pour étouffer ses sanglots.

― J’étais vraiment proche de lui. D’habitude, enfin, très souvent, les enfants sont toujours avec leur mère, moi non, il n’y en avait que pour mon père, je ne le lâchais pas ou presque. Ce jour-là, j’aurais dû être avec lui, j’aurais dû mourir aussi. Mais, ma mère avait tellement insisté pour que je reste que j’avais fini par céder. Maintenant, il n’est plus là…

Son père ? Elle avait perdu son père ? C’était horrible ! Je comprenais beaucoup mieux son chagrin et sa douleur.

Je la serrai davantage contre moi pour la rassurer, tandis que ses larmes se multipliaient.

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