Carter Burwell - Bella's Lullaby ( BO Twilight )
ILLIAN
Je la regardai s’enfuir en courant sans esquisser le moindre geste. Je n’avais envie de dire qu’une seule chose : Nan mais quel boulet !
Il avait vraiment mis les pieds dans le plat, et pas qu’un peu ! Il me regarda, un air d’incompréhension collé sur le visage.
― Qu’est-ce qu’elle a ?
― On revient du cimetière.
― Du cimetière ? Pourquoi ?
― Ça va faire un an que notre père est mort.
― Oh la boulette !
― Ça tu peux le dire ! Pour une fois qu’elle était calme et paisible, en une phrase tu as tout démoli ! Tu viens de réduire mes efforts à néant.
― Je… j’suis désolé. Je savais pas.
― Tu pouvais pas savoir. Et puis, si ça n’avait pas été toi, c’aurait été quelqu’un d’autre.
Il resta silencieux. Qu’aurait-il pu ajouter de toute façon ?
Je ne savais même pas si ma mère était à la maison mais, dans le doute, mieux valait que je rentre avant que Jeally ne s’en prenne à elle.
― La prochaine fois, fais plus attention à ce que tu dis. Parce-que c’est surement pas en la faisant sortir de ses gonds que tu arriveras à la séduire. Dis-je en riant.
Il afficha une mine incrédule.
― Mais… je…
― Tu crois vraiment que je ne m’en serais pas aperçu ? Demandais-je en haussant un sourcil.
Il ne dit rien mais sourit.
― Je ferais mieux de rentrer, histoire de surveiller Jeally. Tu veux venir ? Ajoutais-je après une légère pause.
― Euh… ouais, ok. Répondit-il après avoir hésité.
J’hochai la tête et commençai à marcher pour rentrer, il fit de même et se mit à ma hauteur.
― Alors, tu ne fais rien aujourd’hui ?
― Non, pas vraiment. Pourquoi tu parlais de « surveiller » Jeally ? Elle est assez grande pour rester toute seule non ?
― Pas quand elle est en colère. Elle a tendance à faire tout ce qui lui passe par la tête, alors il faut que je sois là pour « modérer ».
― Elle est vachement impulsive quand même.
― Ouais, c’est pas forcément un défaut mais y a des moments où c’est difficile à gérer.
J’ouvris la porte, sur mes gardes, et nous pénétrâmes dans la maison. Alors que je m’attendais à entendre des cris, tout était calme. On aurait pu croire qu’il n’y avait personne. Où était Jeally ? Elle n’avait pas encore démoli la maison, c’était plutôt bon signe. Mais qu’il n’y ait plus aucun bruit, c’était assez étrange.
J’avançai dans le salon, suivi par Jake. Je cherchais un quelconque indice de ravage, mais tout était en ordre. A croire que personne n’était venu ici depuis ce matin.
― Installe toi où tu veux. Je reviens, je vais voir où est Jeally.
― Ok.
Je montai l’escalier, anxieux. Quelle bêtise avait-elle pu inventer pour que règne un tel silence de mort ? Tout l’étage était calme !
Je poussai la porte de sa chambre, m’attendant à la trouver dans le même état qu’après le passage d’un cyclone mais, fus stupéfait de la voir dans le même état que la veille. Je promenai mon regard dans la pièce et découvris Jeally endormie sur son lit. Je poussai un soupir de soulagement malgré moi avant de refermer la porte et de redescendre au salon.
Jake était assis dans le canapé, le regard dans le vague. Je me plaçai derrière lui sans faire de bruit et lui demandai :
― Tu veux boire quelque chose ?
Comme je l’avais prévu, il sursauta si violemment qu’il failli tomber du divan, ce qui déclencha mon fou rire.
― Tu m’as fait peur ! Grommela-t-il.
― J’ai vu ça. Ricanais-je.
Il se leva en me regardant, un léger sourire aux lèvres. Sans que j’eus le temps de réagir, il m’avait attrapé et jeté sur le canapé.
― Tu vas le regretter.
Jake se mit à me chatouiller et je me tortillais dans tous les sens en riant. J’étais très sensible aux chatouilles, et même trop ! Je roulai et tombai du sofa en l’entraînant dans ma chute. Il s’effondra lourdement sur moi, me coupant le souffle.
Il se releva rapidement comme si je l’avais brûlé.
― J’t’ai fais mal ? Me demanda-t-il en me tendant la main pour m’aider à me relever.
― Non, c’est bon. Mais t’es lourd quand même ! Répondis-je, en souriant.
― Ça c’est juste parce que t’es ultra maigre ! Lança-t-il en riant.
― Bon, tu veux boire quelque chose finalement ?
― Euh ouais, pourquoi pas.
― Je dois avoir du coca, ça te va ?
― Ouais.
Je servis donc deux verres et les posai sur la table de la cuisine avant de m’asseoir face à lui.
― Ça te gène pas ça ? Demandai-je en désignant son piercing au labret.
― Non, pas du tout. Répondit-il en souriant.
J’observai encore un moment son piercing. J’aurais du mal à vivre avec un truc pareil au coin de la lèvre ! Ça devait quand même gêner pour pas mal de choses, non ?
Il avait, apparemment, une certaine passion pour les piercings car j’en remarquai plusieurs autres, sur les oreilles et un sur l’arcade.
Mon regard revînt se poser de lui-même sur son labret. Je remarquai du coin de l’œil ses mains trembler légèrement et ses doigts taper discrètement sur la table. C’était moi qui le rendais nerveux ? Enfin, mon regard plutôt.
Je souris, amusé.
― Je pourrais jamais me faire trouer la lèvre comme ça. Dis-je en détournant le regard de sa lèvre pour le poser dans ses yeux.
Je crus entendre quelques notes s’échapper du piano. J’écoutai plus attentivement et, cette fois, perçus plus facilement le début d’une chanson. Je me levai et ouvris discrètement la porte menant au salon. Jeally était apparemment réveillée. Elle jouait sur le grand piano du salon, les yeux fermés, emportées par sa musique.
Je sentis soudain un souffle chaud dans mon cou, ce qui me fit tressaillir.
― Elle joue vraiment bien !
― Je te l’avais dit ! Répondis-je en souriant.
Je l’observai une seconde, il regardait Jeally, comme envoûté, un ébahissement émerveillé accroché au visage.
La musique s’arrêta brusquement. Je me retournai pour voir ce qui se passait. Jeally nous dévisageait, ou plutôt, elle fixait Jake d’un regard noir.
― Qu’est-ce que tu fais là toi ? Cracha-t-elle.
― Je discutais avec ton frère.
― Ça suffit Jeal’, c’est moi qui l’ai invité.
― Pourquoi ?
― Est-ce que j’ai besoin d’une raison pour inviter quelqu’un à la maison ?
― De toute façon, j’allais y aller. Pas la peine de vous entretuer ! Intervînt Jake.
― Ouais c’est une bonne idée ça ! Lança Jeally. Et évite de revenir aussi !
Jake ne releva pas et sortit rapidement de la maison.
― Alors tu pactises avec l’ennemi maintenant ? Attaqua-t-elle.
― L’ennemi ? L’ennemi ? Répétai-je incrédule. Où as-tu vu un ennemi ?
― Ce mec ! T’as entendu ce qu’il m’a dit et tu l’invites à la maison.
― Ecoute Jeal’, j’en ai marre de tes crises de gamine pourrie gâtée ! Il n’est pas méchant, juste maladroit.
Elle me lança un regard noir, tourna les talons et se remit derrière le piano.
Qu’est-ce qu’elle pouvait être têtue ! C’était épuisant !

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