ILLIAN
Je m’approchai doucement de ma mère et la prit dans mes bras. Elle était restée figée après la réaction de Jeally.
― T’inquiète pas maman, ça va lui passer.
― J’espère. Souffla-t-elle, peu convaincue.
A vrai dire, j’espérais aussi. Jeally était de plus en plus froide avec elle depuis la mort de papa. Elle était très proche de lui et avait eu beaucoup de mal à se remettre de son décès. Ce qu’elle n’avait pas compris, c’était qu’on était tous les trois dans le même cas.
― Je vais me coucher, bonne nuit.
― Bonne nuit.
Je sortis de la cuisine pour débouler aussitôt dans la chambre de Jeally. Elle était étendue sur son lit et observait le plafond d’un air songeur. Elle n’avait pas eu besoin de regarder qui était entré. Nous ne vivions que tous les trois et maman ne s’aventurait jamais ici, c’était forcément moi. Je m’allongeai à côté d’elle et l’imitai.
― Alors ? Qu’est-ce qu’il y a ?
― Rien, elle m’énerve c’est pas nouveau !
― Elle fait des efforts et toi tu la rejettes.
― T’es de son côté ou du mien ? Cracha-t-elle.
― Jeally, il n’est pas question de côtés ! Soupirais-je. Ce n’est pas parce-que tu es ma sœur que je vais me liguer contre elle.
― Mais j’en peux plus ! Elle fait comme si tout allait bien alors qu’au contraire, rien ne va !
― Arrêtes de faire ta gamine égocentrique ! Elle fait ça parce que c’est plus facile pour elle et pour nous aussi. Essaye de comprendre au lieu de l’agresser !
Jeally bondit du lit et se campa devant moi, furieuse.
― Sors d’ici ! Je ne veux plus te voir ! Va-t-en ! C’est toi qui dis qu’il ne faut pas l’agresser mais qu’est-ce que tu fais avec moi ?!
― Jeally, je ne t’agresse pas, je te dis juste la vérité pour que tu ouvres les yeux. Tu ne peux pas vivre en aveugle toute ta vie ! Tu ne vois que toi et les autres sont constamment en train de t’agresser. Alors, qu’en fait, c’est toi qui les repousses.
― Va-t-en. Murmura-t-elle en pointant un doigt sur la porte, les larmes aux yeux.
― Je sais que papa te manques, tout le monde le sait, mais ce n’est pas une raison pour vivre recluse. Sache que tu n’es pas la seule dans ton cas. A moi aussi il me manque, et à maman aussi.
Je vis ses larmes rouler le long de ses joues tandis qu’elle tentait de garder sa main levée. Je m’approchai d’elle, la prit dans mes bras et elle se laissa faire. En s’appuyant sur moi, elle me fit perdre l’équilibre et nous nous écroulâmes en riant sur son matelas.
Je restais là, à la serrer dans mes bras un moment en silence. Je ne sais pas exactement quand elle s’endormit, surement après avoir pleuré toutes les larmes de son corps, car quand je regagnai ma chambre au beau milieu de la nuit, mon tee-shirt était trempé.
Je me changeai et m’installai dans mon lit sans pouvoir trouver le sommeil. Un long moment s’écoula sans que je réussisse à m’endormir. Un cri aigu me transperça les tympans. Je sortis de ma chambre pour regagner celle de Jeally. Elle s’agitait dans tous les sens et hurlait par à coup. Je me glissais près d’elle et la prit de nouveau dans mes bras. Je tentais de la calmer en lui caressant les cheveux.
― Tout va bien Jeally. Ce n’est qu’un cauchemar.
Après avoir essayé de se débattre, elle s’apaisa et se blottit contre moi. J’aurais été incapable de dire si elle s’était réveillée ou si elle m’avait entendu dans son rêve, mais elle avait retrouvé son calme et dormait désormais paisiblement.
Ces derniers temps, elle faisait des cauchemars presque toutes les nuits.
Je fermai les yeux et me laissai aller dans les bras de Morphée, bercé par la respiration de Jeally. Le lendemain, Maman nous trouverait encore tous les deux. Comme chaque matin depuis l’enterrement.
Jeally remua légèrement. J’ouvris les yeux et me rappelai une fois de plus pourquoi j’étais là. J’observai Jeally, elle dormait encore mais plus pour longtemps, elle était dans sa phase de réveil. Je me levai doucement et sortis de sa chambre sans bruit.
― T’as encore dormi avec elle ?
Je sursautai et me retournai. Ce n’était que ma mère.
― Cauchemar. Expliquais-je en réprimant un bâillement.
J’allai chercher mes vêtements dans ma chambre avant de filer sous la douche.
Quand j’arrivai dans la cuisine, je trouvai Jeally plongée dans la contemplation de son bol. Je m’installai face à elle et me servis un bol de céréales à l’identique du sien.
― Ça va mieux ?
― Ouais.
― Qu’est-ce que tu veux faire aujourd’hui ?
― Je sais pas trop.
― Moi j’ai une idée.
Elle releva la tête avec curiosité.
― Quoi ?
― Tu verras.
Jeally me lança un regard noir tout en massacrant ses céréales. Je me levai, amusé. Je savais qu’elle n’aimait pas que je ne lui donne que la moitié de ce qu’elle voulait entendre, et c’était vrai que ça m’amusais de la faire enrager.
― Soit prête dans une heure et tu le sauras. Lui dis-je avec un clin d’œil.
Je l’entendis descendre l’escalier à toute vitesse. Elle avait mit une heure tout pile. Je souris, amusé. Cet aspect enfantin de son caractère me confirmait qu’elle allait adorer l’endroit où je l’emmenais.
Je savais que la fête foraine s’était installée près de chez nous et qu’elle allait rester encore quelques jours, ce que Jeally ignorait. Elle était trop absorbée par sa musique et ses bouquins pour être au courant de se qui se passait hors de son cocon.
Je ne pu m’empêcher de sourire une nouvelle fois devant son regard émerveillé et son sourire ébahi quand elle découvrit les attractions.
― Je te laisse quelques minutes, bouge pas, je te ramène une barbe à papa.
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